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lundi 23 août 2004 -  Vers la  coulée d'août 2004 
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Les pèlerins de la Fournaise ...
Une coulée à la mer !
L'île s'est agrandie de deux hectares
La lave de plus près
photos a.m.

<<<<  De dos, le cinéaste Alain Mussard, le lundi 23 août, grand matin, filmant le troisième bras arrivant sur la route.

Quelle merveilleuse promotion pour l'activité physique ... Ce week-end, l'éruption a donné l'occasion à de nombreuses personnes de faire de la marche et du vélo, ... même si c'était après un long périple en auto, parfois. Comme dans la chanson, ils sont tous venus, du nord, du sud... pour venir voir la star du moment.
Notre volcan domestique, continue sa mise en scène soignée ... Après des tressaillements pendant les vacances de notre président, juste de quoi alerter les médias nationaux déjà à l'affût, voici venir l'éruption elle-même un vendredi 13, de quoi satisfaire les superstitieux, puis maintenant, il programme la coupure - hautement symbolique - de la route nationale un dimanche (ça, c'est un sale tour pour les gendarmes) afin que tous les travailleurs puissent venir l'admirer, et de plus à 15h15 , pour qu'ils ne soient pas obligés de se lever trop tôt tout de même, voyons !

Pour ma part, paresseux, fuyant les foules,  et par lassitude - coupera aujourd'hui ? coupera pas ? - j'ai attendu sagement que la radio annonce officiellement la traversée effective de la route pour me décider à effectuer de nouveau le pèlerinage vers le Grand Brûlé ...Je vais donc me coucher de bonne heure ce dimanche pour me lever tôt demain matin, mais sans réveil, on verra bien...

<<<  Vers 5h30, ce n'est pas la cohue, et il pleut des cordes. Le vélo bien calé avec un bois de goyavier, à quelques mètres de la coulée, avec ma grande cape et mon casque, j'essaie de me faufiler aux premières loges ...

>>>  Vers 6 h, la coulée se rapproche de mon vélo, il est temps de se replier ..

Je pars de St-Pierre vers 4h15, après avoir pris un solide petit déjeuner comme d'habitude, plusieurs tranches de pain Volcan de chez Manciet, avec un soupçon de miel de letchis de Gérard Ethève, un grand bol de thé, un bel ananas de M. Dijoux, et du fromage blanc de chèvre de Luc Ferry ... Les affaires avaient  déjà été parées dans l'auto depuis la veille ... Dès 4h25, je traverse Grands-Bois, et je constate, n'étant pas habitué à une circulation aussi matinale d'habitude, qu'un flot soutenu de véhicules vient d'en face. Je suis un cachalot, nous doublons ensemble un camion de la CGEA qui vide les poubelles, mais malheureusement, le cachalot ne tourne pas à la plate-forme de Grands-Bois, il continue et entame la longue montée vers Petite-Ile. En face, des phares carrés et rapprochés, un gyrophare au-dessus, c'est un tracteur et son énorme remorque qui descendent, à vitesse réduite ... A 4h35, le pont sur la rivière des Remparts à St-Joseph est en vue. A 4h45, le cachalot, que je suis toujours, tourne à droite à la plate-forme de Langevin ! Juste à l'arrêt du "Car Jaune" de Girofles, voici la première pancarte "route coupée au Tremblet". Et maintenant, c'est le cortège, avec devant moi, deux cachalots suivis par un nouveau camion de la CGEA (qui lui, ne s'arrête pas), et une auto ... A 4h 50, passage à Basse-Vallée, et les deux cachalots vont tourner peu après à la plate-forme du Baril. 
La pluie annoncée
Il est 5 h, voici St-Philippe et la pluie, brusquement, se met à tomber ! A la sortie, encore un panneau "route coupée" afin de nul ne l'ignore ... Encore un gyrophare au loin, c'est un tracteur et sa remorque, vide. Ilet aux palmistes, les coulées de 1986, dans les phares, puis la ravine des Citrons Galets, et l'arrêt "Kiosque" est atteint à 5h15. Maintenant j'entame la descente dans l'Enclos, le long du rempart, et déjà, malgré la pluie qui redouble de violence par moments, le ciel, vers le nord, est rougeoyant par intermittence. Depuis St-Philippe, la circulation est quasiment nulle, il n'y a plus de phares qui coupent la nuit, et brutalement, on arrive sur une autre planète, avec des nuages sur lesquels se reflètent les lueurs de la lave qui bouillonne et des flammes des incendies.

Enfin deux autos en face, puis le panneau "route coupée à 3 km", voici la coulée de 1976 avec le sentier botanique, une auto grise est garée à droite un peu plus loin, seule. Encore un panneau "route coupée à 2 km" ... Sans doute pour redonner espoir à ceux qui étaient déjà ici, à marcher, samedi et surtout hier ! Et toujours la pluie qui tombe en rafales ... Voici les premières autos stationnées ... Je suis au kilomètre 52 depuis St-Pierre, j'arrive aux barrières métalliques, avec un militaire en faction, doté d'une lampe frontale. Je fais immédiatement demi-tour pour revenir me placer dans le sens du départ, à une centaine de mètres de là, en choisissant un accotement large et pas trop boueux.




>>>  Le jour se lève, la lave a atteint le bitume une seconde fois

Le spectacle est gratuit, mais il se mérite ...
Il est 5h25. Une certaine animation règne déjà, et on assiste plus à des départs qu'à des arrivées ... Je m'abrite sous le hayon arrière pour ajuster mon petit sac à dos, mon sac banane, et enfiler ma grande cape. Dans le noir, je sors ... le vélo, je remonte la roue avant, j'allume les deux lampes avant et arrière, je mets mon casque, la capuche par dessus, et en route ... Je passe les barrières, dans l'obscurité, j'entrevois, à droite, des tentes de l'armée et deux camions, voici la coulée de gratons 2002, celle qui a enseveli une nouvelle fois la borne Hubert-Delisle, qui marquait la frontière entre Ste-Rose et St-Philippe, la route redescend, un virage à droite, puis à gauche, et toujours la pluie, que je sens gicler dans mes jambes et mon dos, envoyée par la roue arrière ... Mes lunettes sont mouillées, la capuche s'est envolée et se remplit d'eau, je dois faire très attention aux marcheurs en groupes qui occupent sans vergogne toute la largeur de la chaussée, et bien souvent sans la moindre lumière ! En sept minutes, je vais arriver à la coulée, au niveau d'une petite"bretelle" goudronnée, à gauche, juste avant le kiosque situé à l'entrée de la "route forestière géothermique de Ste-Rose", là où nous avions pique-niqué vendredi dernier !
L'eau et le feu

Dans la nuit encore noire, j'allais continuer sur la route nationale, la coulée apparaissant bien à une centaine de mètres, justement au  niveau du kiosque, quand je me rends compte qu'une cinquantaine de personnes sont là, à gauche, sur la fameuse "bretelle". En effet, la coulée s'étale sur un large front, tout du long de cette partie bitumée, qui surplombe une zone plus basse, qui se remplit de lave, progressivement ... A mon arrivée, elle mordille par endroits le goudron, embrasant les filaos et les goyaviers, s'étirant vers le sud, par derrière une rangée de végétation qui lutte encore contre le feu ... J'installe mon vélo, une grande branche de goyavier à terre servant de béquille.  C'est un premier plan idéal. Mais il faut jouer des coudes, car malgré le peu de monde, ceux en première ligne se font prier pour laisser la place aux autres ...  Alain Mussard est présent, avec une grosse caméra numérique sur pied, emmaillotée dans plusieurs épaisseurs de plastique, posée loin devant, vers le kiosque et il fait le va et vient entre elle et les premières lignes de spectateurs ... L'unique gendarme présent se tient au pied d'un tas de bois brûlé à même la chaussée - qui était déjà là lors de notre pique-nique - et il intervient assez sèchement auprès des personnes qui voudraient dépasser vers le nord sa position sur la "bretelle", ne serait-ce que d'une semelle.

>>>  D'abord, tremper la perche de goyavier dans la lave, la tourner et la retourner ...

 

 

<<<  ... Puis la soulever sans laisser tomber le morceau de lave incandescent, c'est tout un art, et on ne réussit pas à tous les coups.     

Les "artistes" en pleine action
Il n'intervient pas cependant lorsque plusieurs s'approchent à l'est, à moins d'un mètre de la coulée, à la "pêche" de la lave en fusion, qu'ils tentent d'enrouler, souvent avec succès, autour d'une perche de goyavier, et qu'ils essaient de ramener sur l'herbe pour la "travailler". Il y en a eu, des artistes créateurs, si on en juge par le nombre de branches à l'extrémité noircie qui  jonchent le sol... Certains profitent de l'obscurité pour se glisser entre les pieds de goyaviers encore bien verts pour atteindre la coulée, à l'est de la "bretelle". Mais le jour se lève, dissipant la féerie de la nuit. Cependant la coulée progresse toujours en semblant s'étaler sur un front plus large, avec une alternance de crépitements violents des bois qui s'enflamment, à quelques mètres de nous, et de grondements plus lointains ... Un grand filaos s'embrase, des brindilles incandescentes voltigent, provoquant des exclamations de l'assistance. Des fumerolles sont rabattues vers le public.  Ici, ce n'est pas un mur de gratons qui arrive sur nous, mais une lave pâteuse, cordée, de faible épaisseur, qui s'étale progressivement. Est-ce son lent cheminement en tunnels qui l'a rendue ainsi ? La pluie va devenir intermittente, puis va donner un répit aux photographes ...
Certains doivent aller travailler ...

Ce sera le moment pour certains de quitter à regret le spectacle ... pour aller travailler ! Du côté des gendarmes, la relève sera à 6h30. Le militaire de service sera nettement plus convivial que le précédent, mais il saura prendre une décision rapide de replis, à 6h45, lorsqu'une sourde explosion se fera entendre, derrière nous ! En effet, la coulée commençant à attaquer le bitume par l'ouest, un jet de vapeur, de gaz (?) va sortir brutalement de l'autre côté de la chaussée, à l'est, et chacun va pouvoir alors se rendre compte que la chaussée était bordée de chaque côté d'énormes "trous", cachés par la végétation luxuriante... Certains posent rapidement une main sur le bitume : il est déjà bien chaud, des gaz doivent s'infiltrer sous la chaussée. Je rapatrie mon vélo et la branche de goyavier vers la fourgonnette des gendarmes, garée à l'intersection sud de la nationale et de la "bretelle", et je m'aperçois qu'un "baba chiffon", détrempé, gît sur le bord, perdu sans doute lors de la cohue de la veille ... Vers 7 heures, de nouveaux militaires arrivent, des agents de la DDE vont placer des barrières et du ruban de chantier plus en aval, sur la nationale elle-même, et sur la "bretelle" ... La-bas, dans le virage près du kiosque, un filaos déjà couché sur la chaussée masque l'avancée réelle de la coulée, Alain Mussard doit battre en retraite lui aussi, des tourbillons bleutés vont l'envelopper un moment ... Pendant ce temps, des agents de l'ONF, sacs poubelle à la main, ramassent des bouteilles et les détritus abandonnés ... Il ne faut malheureusement pas attendre que le volcan refasse une virginité à l'Enclos, lorsqu'on voit déjà l'état des coulées même récentes, les détritus n'ayant pas tous la faculté de disparaître entre les gratons !
Le retour

A 7h15, la pluie revient ... je repars vers le sud, doublant plus souvent que croisant. Malgré le faux-plat remontant vers la coulée 2002, je vais mettre exactement le même temps pour revenir à l'auto, en saluant au passage les pompiers, à droite, sous la tente, et des militaires prenant le petit déjeuner, à gauche, juste avant les premières barrières. Le temps de démonter la roue et de replacer le vélo à l'arrière, je quitte les lieux vers 7h30. Arrivé au pied du rempart, peu après le sentier botanique, je croise deux vététistes, toujours sous la pluie. Mais dès Citrons Galets, il ne pleut plus ! A "Escale Vanille", le soleil arrive ! Un peu d'animation à St-Philippe, il est 7h46, des enfants attendent aux arrêts de car. Au Baril, les camions remplis de canne ralentissent la circulation. A 8h, arrivée à St-Joseph, mais il faudra une demi heure pour arriver au pont de la rivière des Remparts, alors que la circulation semble fluide dans l'autre sens ! La descente de Grands-Bois est ralentie également, jusqu'à l'usine ... Retour aux feux rouges, à la triste "civilisation" à 9h ...

 
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