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Eruption du Dolomieu du 4 octobre 2005
Vers le second point de vue ...
Revoir : Du Pas de Bellecombe à la Soufrière  

7h39 - départ pour le second point de vue, plus au sud, en contournant le Dolomieu par l'est.

Ruban balise au kilomètre ...

<<<  C'est maintenant un parcours à l'aveugle, c'est-à-dire sans vision directe sur le cratère, la trace se situant à quelque distance du bord - des failles et des effondrements pouvant se produire à tout moment -. Le ruban de balise va m'accompagner ainsi sur plusieurs centaines de mètres ... C'est maintenant la descente vers la mer, malheureusement cachée par la couche dense des nuages. Je dépasse les stations de l'Observatoire volcanologique, un peu en contrebas. Je croise deux gendarmes qui reviennent vers la Soufrière, une photocopie de la carte IGN du secteur à la main ... Nous sommes dans un secteur de creux et de bosses, en descente régulière, alternant dalles, laves cordées, lapilli ...

 >>> 8h pile - Arrivée au deuxième point de vue officiel. Je suis le deuxième à y arriver ce matin ... Le seul touriste présent d'ailleurs se fait photographier par l'unique gendarme présent également (un second arrivera peu après). Ici aussi, l'ONF n'a pas lésiné sur le ruban, et les poteaux, apportés à dos d'homme ... d'autant plus que c'est là que se situe le point le plus bas du bord du cratère, et qu'une pente douce dans les lapilli - témoin d'une ancienne éruption à flanc - permettrait d'accéder à l'intérieur du cratère, si cela n'était interdit depuis un arrêté préfectoral de 1992. Il est vrai que la topographie de l'intérieur du cratère Dolomieu change pratiquement tous les ans, rendant la carte IGN obsolète, l'enclos Vélain, le piton Gueule Rouge ont disparu depuis longtemps, le niveau lui-même a changé, la croûte peut être fragile par endroits et déceler de véritables chausse-trappes, la vidange des chambres magmatiques pouvant receler des cavités ... On est loin du mamelon central décrit par Bory de Saint-Vincent au début du 19è siècle, le cratère Dolomieu datant lui-même de 1931, soit pratiquement hier !

Deuxième point d'observation
Le point ultime

<<<   8h07 -  Un autre courageux arrive, et nous sommes trois maintenant, entre les rubans, au plus près possible, à mitrailler vers le cône, qui doit bien être à 600 - 700 mètres, si je mesure approximativement sur la carte ... Le gendarme de faction discute agréablement avec nous, se renseigne même, car il appartient à une brigade tournante, arrivée sur l'île récemment pour une visite ministérielle, et restée provisoirement pour encadrer l'ouverture de l'Enclos au public. La connaissance du terrain lui manque et il découvre qu'on peut faire le tour complet du cratère habituellement ...
Nous nous taisons, pour écouter la voix du volcan dans le silence, faite de bouillonnements, grondements, claquements secs, réguliers, mais imprévisibles. Son et Lumière ! Malheureusement, calme de courte durée, car la ruée des engins aériens à moteur va commencer, perturbant la sérénité majestueuse du lieu. Hélicoptères, avions, ulm, vont se succéder en tournoyant au-dessus du cratère, tels de bruyants papangues, jusqu'à quatre à la fois, suscitant alors les protestations des terriens ! L'ATR aux couleurs du paille-en-queue va même effectuer un passage à proximité, en descente vers Pierrefonds ...

  >>> Séance photos : heureusement le mode rafale permet d'augmenter les chances d'accrocher un peu de vermillon sortant du cratère, compensant la latence du déclenchement. A cette distance, un supertélé est indispensable, et on ne peut qu'être déçu du résultat en voyant les photos publiées dans les journaux ... C'est frustrant ! 
Ah, de nuit, cela aurait une toute autre allure ... 
Et pourquoi ne pas autoriser l'ouverture du Pas de Bellecombe dès 3 h du matin ? Cela permettrait aux habitués d'atteindre le sommet avant le lever du jour, et de pouvoir bénéficier du spectacle nocturne, et ce, sans un risque démesuré, le jour se levant. Il n'y aurait certainement que des randonneurs avertis et équipés à cette heure là. On laisse bien monter de nuit des foules au Piton des Neiges, et les possibilités d'évacuation des blessés n'y sont pas forcément meilleures.

Le cône éruptif, là-bas ...
Dans le cratère

<<<  C'est l'attente du moment où ... tout jaillit plus haut qu'avant ! Mais c'est une éruption déjà rôdée, en période de croisière, qui poursuit un crachouillis dans un train-train devenu habituel, qui ne veut pas surprendre les gens et les obliger à battre en retraite rapidement ...
Habituellement, c'est un jaillissement par dessus, parfois à droite, ou vers nous, mais c'est plus rare. Les projections sont bien visibles à l'œil nu, les lambeaux rouges se détachent bien du cône lui-même, mais malheureusement, la couleur du fond par derrière, celle des pentes du piton Kaf, de couleur rosâtre, ou du rempart du cratère Dolomieu, ne se prête pas à faire ressortir la couleur des projections ...

  >>>  Il ne faut pas  être concentré uniquement sur l'intérieur du cratère Dolomieu ... Les pentes extérieures sont, elles aussi, dignes d'intérêt, et qui sait, demain, dans une semaine, un mois, elles s'entrouvriront peut-être à cet endroit précisément ... 
Au fond, le rempart Sud de l'Enclos, déjà partiellement recouvert par l'entrée des nuages. Sur le flanc, une masse plus foncée au deuxième plan, le cratère Maillard (1966). 

Sur les flancs du Dolomieu
Premiers visiteurs

<<<  8h23 - Ce n'est pas encore la foule, mais les deux gendarmes vont avoir parfois l'occasion de donner de la voix, lorsqu'un des spectateurs veut s'approcher d'un peu trop près du bord ... Assis du mauvais côté du ruban, un agent de l'ONF en fera même les frais plus tard, ayant mis un parka sur son uniforme vert, et malgré la présence de son collègue et de leur instrument, la pince à ramasser les papiers, il sera obligé de montrer son écusson ... 

>>>  Le panneau rappelant l'interdiction de la descente dans le cratère Dolomieu  est en bonne place, au niveau de descente en pente douce dans les lapilli, justement, là où de nombreuses traces de chaussures sont visibles ...  
Relève des gendarmes, qui changent de poste régulièrement, pour varier les points de vue. Alors qu'un des partants semblait blasé, refusant le contact et se montrant inflexible - pas un orteil ne doit déborder -,  un des nouveaux attire d'emblée la sympathie en se montrant particulièrement intéressé par l'historique des précédentes éruptions, n'hésitant pas à poser de nombreuses questions aux simples autochtones que nous sommes ... tout en veillant au grain. C'est là tout l'art de s'adapter aux situations variées, tout en restant vigilant, les marcheurs ne sont pas des lanceurs de galets, que diable ...

On ne descend pas dans le Dolomieu
Dernière vision du cône ...

<<<  Vers 11h, une haute silhouette à la marche rapide, armée de la pelle métallique, suivie dans son ombre par une autre plus petite, sautillante, annoncent l'arrivée de Thomas Staudacher, directeur de l'Observatoire, et de son assistante. Ils vont dévaler la pente de lapilli, à la rechercher d'un point d'échantillonnage ... ils vont piquer directement en direction du cône, puis ils feront demi-tour, pour se diriger vers le front de coulée au nord-est. A ce moment, un magnifique débordement se produit au Sud, avec une langue rougeoyante de plusieurs mètres. Malheureusement, le portable ne passe pas dans l'intérieur du cratère ! Thomas Staudacher semble avoir trouvé un lieu propice : il enfile prestement sa tenue scintillante, s'approche, enfonce la pelle à long manche, la retire vivement, dégage la masse en fusion et encore plus rapidement plonge l'échantillon dans l'eau de la "gamelle", qui va bouillonner un instant ...

>>> Il est 11h30, le temps de revenir vers le le parking du Pas de Bellecombe, qui sera atteint vers 13h30, après quelques arrêts, dont un au premier point d'observation, où une foule est alignée sur plusieurs dizaines de mètres. Nous croiserons ensuite de nombreux pèlerins, deux chiens (dont un dans les bras de son maître), plusieurs bébés, confortablement assis, à l'ombre, transportés sur le dos de leur père, des touristes en simple débardeur et tête nue, une dame en jupe et ballerines, un monsieur, doté d'un solide embonpoint, torse nu ... les uns marchant d'un pas décidé, d'autres présentant des signes précurseurs de fatigue - Dites, c'est bientôt le bord du cratère ? -, mais tous animés d'un enthousiasme à peine terni par le commentaire désabusé de certains marcheurs sur le chemin du retour qui distillent, insidieusement, sur le ton de la confidence - Bah ! ... pas grand chose ... c'est trop loin ... cela ne pas saute très haut ... -
Thomas Staudacher
, comme une fusée, toujours suivi par son ombre bondissante, nous a dépassés, coupant allégrement directement vers le Formica Léo. En haut du Pas de Bellecombe, le portail n'est pas encore fermé à la descente, mais à presque 14 h, peut-on encore espérer aller jusqu'en haut du Dolomieu ? Il faut bien 1h30 pour aller au premier point de vue sans pratiquement s'arrêter, d'où il faudra presque aussitôt repartir, l'heure de l'évacuation progressive étant fixée à 15h30 ... Ne pensez pas que le retour soit plus rapide, la descente vers la chapelle mobilise les genoux ! Au belvédère, près du kiosque, une grande antenne, un véhicule des pompiers, et au parking, un car qui déverse des lycéens transportant les cartons du pique-nique.
14h -  Dans la descente entre le Chisny et la plaine des Sables, je ralentis afin de me laisser doubler par le 4X4 qui file vers l'Observatoire ...

Voir l'éruption du 30 août 2006, à l'intérieur du cratère Dolomieu

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